Roadtrip dans les Balkans – Carnet de voyage 5

C’est parti pour le résumé de cette cinquième semaine dans les Balkans, et plus particulièrement en Serbie! Et oui, j’y suis toujours! J’y ai passé 20 jours en tout, et je n’ai pas trouvé ça long du tout, au contraire. Sans que je ne puisse expliquer pourquoi, je me sens bien dans ce pays. Les gens sont très accueillants, très sympa, très ouverts. À chaque endroit où j’ai logé, j’ai été très bien reçue. Alors qu’ils n’avaient pas à le faire, j’ai été invitée à manger (sans avoir à payer, j’étais tellement mal à l’aise mais tellement touchée aussi !).

Ca a toujours été facile de discuter avec les gens, à moitié en anglais, à moitié avec l’appli sur le tel qui permet de traduire. Donc oui, ça prenait parfois du temps pour se dire une phrase !

Parler de tout, de rien, mais parler

On parle tout. De la Serbie, du tourisme qui ne se développe pas vraiment (pas encore). De la vie quotidienne en Serbie, de la vie quotidienne en France. De la politique (eh oui !). De l’Europe. De la guerre, enfin des guerres au pluriel. Les leurs, les nôtres, les passées, les présentes. C’est super intéressant d’avoir leur point de vue sur des sujets que l’on connait « en tant que français ». Je n’ai jamais lancé le sujet de

la guerre en Serbie, de peur de heurter des points sensibles, mais je me suis rendue compte que la plupart des gens en parlaient « naturellement ». Pas avec un grand sourire, bien sûr, mais normalement, comme de leur histoire. Comme on parle de la nôtre, ils parlent de la leur. J’ai rarement autant appris que ces dernières semaines ! Les livres d’histoire c’est bien, écouter les gens parler c’est mille fois mieux.
Bien sûr ils sont biaisés : ils sont serbes, ils ont le point de vue de la Serbie. Mais nos livres sont biaisés aussi, ils ont le point de vue français. C’est intéressant à constater.

Donc bref, oui, je me sens bien en Serbie. Demain, je pars pour la Macédoine, je suis contente mais un peu triste. Contente de découvrir un nouveau pays, c’est toujours aussi excitant de passer une frontière. Mais je crois que 20 jours en Serbie ont suffit pour que je m’y attache. Je le dis souvent à propos des endroits que j’ai aimé : je reviendrai. Je ne le fais pas toujours, en tout cas je n’ai pas toujours eu le temps ou l’occasion de le faire. Mais la Serbie, c’est en tête de liste !

Roadtrip dans les Balkans - Carnet de voyage 5 (Serbie)

Cette semaine, en Serbie, j’ai …

… Visité un autre monastère. Dans mon dernier carnet, je parlais du monastère de Zica. Cette fois je suis allée à Studenica. En Serbie, apparemment, les monastères sont légion ! Celui de Studenica est magnifique. Et la route pour y accéder depuis Zica, je n’en parle même pas ! Bon ok, si, j’en parle : elle est magnifique, et les gens conduisent comme des tarés. J’ai vu je ne sais combien de dépassements dangereux, 3 voitures sur une 2-voies à double sens, un dépassement à 2 millimètres du bord de la falaise… J’en ai encore le coeur qui palpite. Je vous rassure si vous voulez y aller, si vous restez tranquillement dans votre voie, il n’y aura pas de problème. Tout ce que j’ai vu, ce sont les autres se mettre en danger, pas moi.

Studenica monastery, Kraljevo, Serbie

Studenica monastery, Kraljevo, Serbie

Studenica monastery, Kraljevo, Serbie

Studenica monastery, Kraljevo, Serbie

J’ai voulu aussi monter à cette forteresse que j’avais repérée, mais j’ai renoncé. Ce jour-là, il faisait 36°C à l’ombre, et quand je vois le chemin qui serpente sans fin en plein soleil… Je ne regrette pas trop ! Je me console en me disant que la belle vue, je l’ai eue depuis le monastère.

Forteresse, Kraljevo, Serbie

Direction Nis

Mardi, je suis partie pour Nis que l’on prononce en fait « Neeeesh » (parce qu’il y a un accent sur le « s » que je n’arrive pas à faire sur mon clavier. C’est un circonflexe à l’envers). Une petite aventure car quelques jours avant, l’hôtel dans lequel je devais loger m’a contactée pour me dire qu’en fait, leurs chambres étaient en rénovation et que je devais aller ailleurs. Heureusement ils avaient booké un autre hôtel pour moi donc je n’ai rien eu à faire. Ni à payer de supplément, et pourtant, l’hôtel était un cran au-dessus. Je vais me répéter, mais il a fait une chaleur de fou sur la route, et je suis arrivée … épuisée ! Même si cela ne m’a pris qu’environ 2h, en comptant les ralentissements dû aux travaux.

Mercredi et jeudi, ils ont annoncé encore des températures caniculaires. J’ai appris que les Balkans étaient frappés par une canicule comme ils en ont rarement vue. Je confirme ! J’ai tout de même visité Nis que j’ai trouvé … intéressante, je dirais. Un côté assez bohème, un autre assez moderne, et un dernier très populaire où les gens se déplacent en charrette tirée par des chevaux. J’ai eu du mal à réaliser que j’étais dans la même ville !

Nis, Serbie

Nis, Serbie

Nis, Serbie

Forteresse, Nis, Serbie

Nis, Serbie

Camp de concentration, Nis, Serbie

Nis, Serbie

Nis, Serbie

Nis, Serbie

Nis -> Leskovac

Vendredi, comme si c’était possible … il a fait encore plus chaud ! J’ai conduit jusqu’à Leskovac, à 50 km de Nis, mais heureusement que ce n’était pas plus loin, pour passer le moins de temps possible dans la voiture.
Arrivée à Leskovac, j’ai bien galéré à trouver mon hôtel, car je ne voyais pas le panneau qui était un peu caché. En plus la moitié des rues de cette petite ville sont en travaux. Il y a donc beaucoup de circulation, des rues barrées, et si je ne suis pas spécialement stressée en voiture d’habitude, là j’avoue que ma température corporelle a monté d’un petit cran !

J’ai été super bien reçue, comme d’habitude je dirais. Après avoir été faire un tour à pieds par 40°C (quelle idée aussi) je suis rentrée limite sur les rotules et je me suis retrouvée avec le personnel, dehors, invitée à boire et à manger. C’était très sympa, même si l’un d’entre eux ne parle pas trop anglais, on a pu traduire au fur et à mesure. Le soir, dans le restaurant juste en bas, il y avait un musicien live. Il jouait en acoustique et chantait, bien sûr en serbe. Je n’ai rien compris, mais j’ai trouvé ça cool quand même.

La rencontre inattendue

Samedi, encore une journée chaude, j’ai décidé d’aller me balader tôt le matin, de ne pas trop en faire, et de rentrer tôt. De toute façon pour être honnête, Leskovac n’est pas Belgrade : il n’y a pas grand chose à faire ! En sortant de l’hôtel, je suis tombée sur une autre personne qui y logeait aussi : Karen, une hollandaise hippie qui enseigne la biologie dans un lycée à Berlin. Elle était géniale ! On a décidé d’aller se balader ensemble, dans un parc qu’elle avait repéré. En fait, elle est passionnée par les oeuvres d’art, qu’elles soient commémoratives ou non. Dans chaque ville, chaque pays qu’elle visite, elle les cherche, et elle les apprécie encore plus quand elles se trouvent dans des endroits atypiques. Ce qui était le cas de cette oeuvre : elle est située dans un parc juste à la sortie de la ville. Elle s’appelle « Memorial of the Revolution ». En tournant autour on a trouvé un petit chemin dans les ronces qui menaient à un cimetière en hauteur. La vue était plutôt jolie, et je ne l’aurai peut être pas trouvé si je n’avais pas été avec Karen.

Leskovac, Serbie

Leskovac, Serbie

Leskovac, Serbie

Je ne pensais pas tombée sur une touriste à Leskovac, c’est une ville tellement petite et pas vraiment fréquentée (encore). C’était chouette de partager une matinée avec elle, en balade et ensuite autour d’un café. On a longuement discuté de voyage, des Balkans, de l’Europe, des gens. De la politique, toujours. On dirait que c’est un sujet qui revient toujours … Enfin, quand je dis « politique » c’est au sens large. Pour moi, parler du monde, de la société, des différents peuples, c’est toujours plus ou moins lié à ce sujet. Et quand on peut en parler avec des gens aussi ouverts d’esprit, qui ne sont pas dans le jugement (mais qui ont tout de même une opinion et qui la défendent avec des vrais arguments) c’est toujours intéressant. On s’ouvre à d’autres choses, on en apprend, on les voit d’un autre oeil… je trouve ça cool !

Enfin dimanche je suis allée faire une petite balade dans une autre partie de cette petite ville, un peu au hasard. Je suis montée jusqu’à un point de vue et en redescendant je me suis retrouvée dans le centre. Leskovac c’est vraiment pas grand ! Tant mieux, je me sens moins coupable de ne pas me forcer à sortir toute la journée sous 40°C : je peux rester à l’intérieur pas trop loin de l’air conditionné ahah !

Leskovac, Serbie

Leskovac, Serbie

Leskovac, Serbie

Voyager est un privilège

J’ai toujours pensé que voyager était un privilège. Je viens de France, un pays qui n’a pas trop de difficultés (je parle en général, hein. On a toujours un truc à dire sur plein de choses. On a des problèmes sociaux, oui, mais ce que je veux dire, c’est qu’on n’est pas en Libye ou en Syrie, vous voyez).

Avoir un passeport français ouvre pas mal de portes. Déjà de l’Europe ! C’est super facile de voyager en Europe ! Et puis des autres pays. Certains demandent un visa, mais en tant que français, il n’est pas trop difficile d’en obtenir pour les USA, pour l’Inde… Bref, on est plutôt favorisés.

Si on commence à parler argent, ça se complique. Oui, voyager, ça coûte de l’argent. Et là, même en France, on n’est pas tous égaux. Beaucoup de gens ne peuvent même pas se payer une semaine de vacances. Alors prendre l’avion pour la Nouvelle Zélande, c’est même pas la peine d’y penser : 1000€, c’est difficile à trouver, et certains ne pourront peut-être jamais mettre autant d’argent de côté pour se payer le billet.

Je sais que certains affirment pouvoir voyager autour du monde sans dépenser d’argent. Qu’ils soient « begpacker » ou qu’ils dépensent vraiment le minimum vital (en s’arrangeant en auto-stop, en y allant en vélo, ou que sais-je). Mais tout le monde ne le fait pas, et ce n’est pas vraiment mon sujet ici.

Être né quelque part pour celui qui est né c’est toujours un hasard

Donc, pour en revenir à mon cas personnel, j’ai un double privilège : être française, et gagner un minimum pour pouvoir voyager. Je ne suis pas riche (au contraire !) j’ai juste fait des choix différents. Mais il ne faut pas nier la chance que l’on a d’être né du bon côté du monde.

La quasi totalité des serbes que j’ai rencontré n’ont jamais quitté leur pays, voire leur ville. Du coup, je me sens souvent mal à l’aise de raconter des trucs de voyage, même s’ils me le demandent. Je dis « quand j’étais à San Francisco », « quand j’étais en Nouvelle Zélande », « Et à Chicago ». Et on me dit « Wow, mais t’as été partout ». (non, mais c’est sur ma liste).

Et quand je demande « Vous connaissez Paris ? » ou « juste avant j’étais à Belgrade, vous y avez déjà été ? ». La réponse est « bien sûr que non ». Pas « non » : « Bien sûr que non ». Comme si c’était une totale évidence de n’avoir jamais voyagé. Et la raison est toujours la même : l’argent. Je le vois depuis que je suis arrivée en Serbie : avec mes euros, je suis super riche. Je peux boire un café pour 50 centimes. Faire des courses pour cuisiner pour la semaine pour moins de 5€ (ok, je cuisine très peu mais quand même). Par contre, leurs salaires sont tellement bas que tout cela pour eux est cher. L’emploi n’est pas au top, et quand ils ont du boulot, c’est mal payé. Bref, ils galèrent. Alors vous me direz que tout le monde galère, et vous aurez raison. En France y’a plein de gens dans la m… et j’en suis parfaitement consciente. Mais j’ai quand même l’impression qu’ici, c’est à un autre niveau.

Le privilège de pouvoir voyager, je ne viens pas de le découvrir, mais j’en ai de nouvelles preuves tous les jours. Et tous les jours je me rappelle que putain j’ai de la chance quand même. Même si certaines choses ne me sont pas tombées dessus toutes seules, d’autres paramètres sur lesquels je n’ai pas de contrôle étaient quand même bien alignés. J’aimerais juste que plus de gens puissent avoir cette chance. Que peu importe l’endroit d’où l’on vienne, on puisse « partir quand on veut, revenir quand on part ».
(et c’est sur cette double-citation de Maxime Le Forestier que je vous dis « à la semaine prochaine. Merci, bonsoir).


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