Ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre

India is like a wave. Resist and you’ll be knocked out. Dive and you’ll swim off on the other side.

(l’Inde, c’est comme une vague. Si vous résistez, elle vous assomme. Si vous plongez vous ressortirez de l’autre côté)

L'Inde : on en revient nit tout à fait pareil, ni tout à fait une autre

« The Best Exotic Marigold Hotel »

« The Best Exotic Marigold Hotel » est un film dans lequel des personnes âgées qui ne se connaissent pas se retrouvent, pour des raisons différentes, en Inde, dans un hôtel en ruines alors qu’on leur promettait un palace. Je ne vais pas faire une critique de film, mais on suit ces personnes dans leur découverte du pays, la perte de leurs repères et la construction de nouveaux.

J’ai vu ce film après avoir été en Inde. Et j’ai trouvé que cette réplique du personnage d’Evelyn (interprété par Judi Dench, qui est en passant l’une de mes actrices préférée au monde) résumait exactement mon expérience.

J’ai débarqué à New Delhi en n’ayant rien préparé (à part l’endroit où j’allais dormir, quand même). Quand j’ai parlé de ce voyage autour de moi, la moitié des gens qui avaient déjà été en Inde m’a dit « WHOUAAAA trop génial tu vas voir tu vas adorer, moi j’y suis allé une fois et depuis j’y retourne limite à toutes mes vacances ». J’me suis dit ok, cool. Et l’autre moitié m’a dit « WHAAAT ? Mais t’es malade, pourquoi tu vas là-bas, toute seule en plus, c’est un pays de malade, c’est trop différent, j’ai pas supporté, je suis reparti au bout de 24 heures ! ». J’me suis dit ok, merde.

Première fois sur le continent

Ce n’était pas mon premier voyage mais ma première fois en Asie. J’avais déjà été dépaysée, étonnée, mais je n’avais jamais eu de méga gros choc culturel de la mort qui tue. Je me doutais bien qu’en Inde, j’allais être servie. Mais je voulais pousser le truc jusqu’au bout : après tout, on n’a qu’une seule première impression non ?

L’image de la vague, c’est exactement ça. C’est une vague de bruit, de monde, d’odeurs, de sensations, de regards, de poussière, de chaleur, d’humidité, de tout, qui te tombe sur la tête. Au début tu résistes, et tu finis par comprendre que ce n’est pas comme ça que ça marche. Bon, d’un autre côté, personne ne sait comme ça marche, l’Inde. Mais ce n’est pas en nageant à contre-courant qu’on s’en sort. J’ai rapidement compris qu’il fallait plonger la tête la première et se laisser porter, pour « ressortir de l’autre côté ».

Lodi Garden, New Delhi, Inde

Et qu’il fallait avoir beaucoup d’humour, parce que sinon, il y avait matière à péter les plombs régulièrement.

Quelles sont les règles ?!

Parfois, c’est chiant d’être dans ce pays quand on ne comprend rien à ce qu’il faut faire. Ou quand on ne sait pas où se mettre. Au sens propre comme au figuré, d’ailleurs, surtout quand on est une nana. Quand tous les gens dans la rue vous dévisagent longuement (c’est flippant). Quand on ne peut pas traverser la route parce qu’il n’y a pas de code de la route, pas de passage piéton, pas de feux, et qu’on est obligé d’attendre qu’un indien traverse pour le suivre en priant et en serrant les fesses quand un bus fait une embardée pour t’éviter (pourquoi freiner ?)

Circulation route Inde

Quand on fait la queue pendant une demi-heure au guichet parce que les 4 personnes devant toi se sont transformées en 19 personnes qui te doublent.

Quand tu dois enlever tes chaussures pour entrer dans un temple (normal). Mais que tu dois les laisser à 300 mètres du temple et tout traverser pieds nus (j’vous ai pas encore dit à quel point c’était sale par terre). Quand tu transpires comme une vache (sacrée) parce qu’il fait 40°C et 176% d’humidité. Alors que les indiennes restent fraîches comme des roses, les cheveux longs magnifiques ni sales ni emmêlés, le maquillage qui ne coule pas, les vêtements pas trempés de transpiration (amis de la poésie bonjoooouuuuur).

Quand t’as les yeux qui commencent à pleurer avant même que le plat au resto soit posé devant toi tellement il est épicé. Et que t’arrives à suivre le parcours de ta bouffe dans ton intestin, hashtag glamour.

Restaurant, New Delhi, Inde

Apprendre

Mais c’est aussi un pays merveilleux. Un voyage, une découverte, un apprentissage, limite un rite de passage (j’ai survécu !). C’est des sensations et des émotions nouvelles que tu apprends à maîtriser. Une découverte des gens, de leur culture tellement éloignée de la nôtre. C’est apprendre à « faire avec », apprendre la patience, apprendre à décoder des body language différents.

Apprendre que négocier au marché ce n’est pas impoli, même quand tu es mal à l’aide de chipoter pour 10 centimes.

Sarojini Nagar, New Delhi, Inde

Apprendre qu’on n’a pas le monopole de la politesse. Que ce n’est pas parce que chez nous, on ne fait pas ça que c’est forcément mal ou impoli. Apprendre qu’on n’a pas forcément des leçons à donner aux gens par rapport à la place de la femme. Sans partir dans les extrêmes du viol et tout ça hein.

C’est admettre qu’on n’a pas tout à fait compris le concept de la femme. Elle doit élever les gosses, s’occuper de la maison, qui sort en général accompagnée de son mari / son père / son frère. Mais elle peut travailler et gagner sa vie, papoter avec ses copines sur WhatsApp et son iPhone. Et aussi mettre une jupe courte au Hard Rock Café le vendredi soir (je cherche encore).

Pas de leçon à donner par rapport à la propreté, à la pauvreté, aux bonnes manières. Par rapport au système des castes. Que ce n’est pas parce que cela nous choque que c’est forcément mal ou que les gens sont forcément malheureux. Oui, des gens meurent dans la rue. Mais aux dernières nouvelles, chez nous aussi, dans nos pays dits développés. Alors ?

Que c’est à nous de nous adapter, parce qu’on n’est pas chez nous

Qu’un pays n’est pas forcément totalement « ceci » ou « cela ». Qu’il peut avoir autant de facettes que de gens qui vivent dedans.

C’est se rendre compte que des idées pré-conçues peuvent nous péter à la g… et nous faire comprendre plein de trucs sur la vie (oui oui) seulement en discutant avec les gens. C’est se rendre compte que la jeunesse indienne peut regarder Big Brother et compter sur leurs parents pour leur trouver un(e) époux(se) « convenable ». C’est se rendre compte qu’on peut venir d’un pays complètement différent, ne pas avoir la même éducation, la même culture, la même langue, les mêmes racines, les mêmes croyances, les mêmes convictions. Mais avoir les mêmes questions et les mêmes rêves.

C’est se remettre en question, se perdre, se retrouver, changer, rester quand-même la même personne au fond. Ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre. 10 points pour celui qui trouve l’auteur de cette dernière phrase !

Taj Mahal, Agra, Inde


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